Arrivé à Moroni depuis ce midi en provenance de Fomboni, l'ancien Premier Ministre Ahamada Mmadi Bolero nous accordera un entretien exclusif dont ci-joint l'intégralité.
I) Monsieur le Premier Ministre, quel est l'objet principal de votre de passage à Moroni?
Boléro: Principalement pour la préparation d'une prochaine rencontre des forces vives comoriennes à Mohéli. Elle regroupera outre, les éxecutifs de Mohéli et de Ngazidja,l'ensemble de l'opposition et l'UPAD dans les prochains jours.
II) Quelles sont vos reactions sur la dégradation quotidenne de la situation politique actuelle marquée aussi par l'emprisonnement des autorités de Ngazidja?
Boléro: Je crois que tout observateur de la politique comorienne constate malheureusement une violation flagrante des libertés publiques depuis ces trois dernières années. Il en restait ce que vous me permettrez, de qualifier de "liberté institutionnelle". Depuis trois ans, ce sont, au tour, des institutions d'en payer les frais.Le pays connait , à mon sens, une situation inqualifiable.
III) Est ce que Mohéli est aussi frappé par le gel de salaires comme à Ngazidja?
Boléro: Oui. En effet les autorités de l'Ile n'ont pas été payées et ne le seront pas tant que qu'elles ne se conformeront pas à une loi qui est retroactive à la leur, contraire au principe juridique de base: "la loi n'a point d'effet retroactif, elle ne dispose que pour l'avenir".
Nos gouvernants actuels sont devenus des spécialistes de création de situation juridique inédites. Le gouvernement de l'Union ferait mieux de changer d'abord ce principe précité auprès des instances de l'ONU.
IV) Comment Mohéli se prépare pour les prochaines écheances électorales?
Boléro:Le grand rendez-vous électoral qui guette les mohéliens sont les primaires des présidentielles de 2010. Si le pays peut vivre sans assemblées depuis plusieurs mois, cela prouve qu'on peut d'abord organiser la tournante présidentielle de Mohéli et ensuite s'atteler, dans un second temps, aux législatives.
Certes, Mohéli reste toujours prête si les législatives devaient se tenir prochainement mais elle exige le strict respect de la loi.
V) Ne craignez-vous pas un retardement ou un detournement éventuel de la tournante?
Boléro:Il n'y a,à priori, pas de raisons. La tournante a été respectée en 2002 à Ngazidja, en 2006 à Anjouan. Cela doit prévaloir pour Mohéli l'année prochaine, en 2010.
VI) Nous sommes dans un état fédéral reconnaissant une large autonomie des Iles. Certes,le Chef de l'Etat jouit de la prérogative reglementaire de création des départements ministériels mais il vient de proceder à la mise en place de deux nouveaux ministères en charge de l'Intérieur et un autre en charge de la décentralisation.Quels peuvent être, selon vous, les consequences de cette décision pour un type d'état féderal comme les comores?
Boléro: Comme vous le disiez, juridiquement la constitution n'impose pas d'appellations spécifiques pour les différents ministères de l'union. Le président est habilité de créer tout département même des ministres en charge du pain ou des poissons.
Mais pour le Ministère de l'intérieur de l'Union, je suis dans le grand regret de me demander comme bon nombre d'entre nous, quelles seraient les missions de ce genre de ministère dans un état féderal comme le notre?Pour être conforme au droit et aux prérogatives constitutionnelles, durant le régime précedent, ce fût un ministère chargé de la défense extérieure et de la sécurité du territoire qui restait utile dans la mésure ou la sécurité intérieure revenait de plein droit aux iles respectives.
S'agissant du second aspect de votre question relatif à la question du ministère de la décentralisation, je me demande, quel sens peut- il avoir? Ce n'est qu'une une loi qui doit décentraliser. Je ne vois pas toujours le sens de ce minsitère.
VII) Depuis l'organisation du dernier referendum, on peut avoir l'impression que l'état féderal s'est transformé en état unitaire.Etait ce un referendum abrogatif?
Boléro: Aujourd'hui, j'ai du mal à qualifier notre état dans la pratique. Théoriquement nous avons depuis octobre 1978 adopté un état féderal. Nous assistons à une pratique d'un état unitaire centralisé, même la nouvelle constitution n'est point respectée.
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